L.Sylvestre,l’entraineur de l’Evolucas:une exclusivité Antilles-foot

Date décembre 15, 2011

antilles_news.jpg

L’ex attaquant formé à la Solidarité Scolaire et aujourd’hui jeune entraineur de DH (34 ans), L.Sylvestre a conservé son optimisme et livre en exclusivité pour antilles-foot ses impressions sur son club L’Evolucas, vainqueur de la Coupe de France 2011 zone Guadeloupe), sur le foot aux Antilles et ses perspectives pour la jeune génération qu’il entraine.

A.D: Bonjour Laurent,

L.S: Bonjour,

A.D: Je reviens sur l’actualité récente du championnat ; après la défaite en coupe de France (0-5 contre Avranches Cfa2), l’Evolucas affronte le CSM au Moule ; quels ont été tes mots d’encouragement vis-à-vis de tes joueurs ?

L.S: Tout simplement que leur parcours en Coupe de France était satisfaisant et qu’ils doivent maintenant mettre toute leur énergie dans le championnat. Que ce soir, la chance nous est offerte de jouer contre le CSM et qu’à cette occasion ils doivent oublier les critiques formulées, rester concentrés jusqu’au bout pour donner le maximum et surtout prendre plaisir à jouer.

A.D: Comment ont ils réagi ?

L.S: Visiblement très bien puisqu’ils ont donné entière satisfaction. Le match a été bien abordé avec des phases de jeu intéressantes, quelques occasions en première mi-temps. Dans l’ensemble ils ont fait un match sérieux et ils sont restés très concentrés.

A.D: Concernant la Coupe de France, en général les résultats ne sont pas favorables aux clubs “DOMIENS”, comment analyses tu ces échecs ?

L.S: Pour ce qui est des clubs antillais, la priorité devra être la formation. En effet il y a une carence à ce niveau. Il est urgent de mettre en place une véritable politique de formation et les moyens nécessaires pour permettre aux joueurs d’être à niveau. Cela nous éviterait de faire de l’assistanat et nous consacrer à notre métier d’entraineur.

Par ailleurs il faut aussi revoir les statuts des joueurs, discuter avec les structures dirigeantes afin de proposer à nos footballeurs un planning adapté  à leurs statuts d’amateurs. Si on veut des résultats il est indispensable de restructurer les instances en place et leur donner les moyens financiers adéquats pour une gestion pérenne du football aux antilles.

L’écart qui sépare les clubs de l’exagone de nos clubs est assez conséquent. En effet il faut savoir qu’une équipe comme celle d’Avranches, est composée de joueurs de CFA mais aussi d’international ivoirien; donc on ne peut pas dire qu’on lutte à armes égales.

Pour se faire une idée du niveau du football guadeloupéen par rapport à l’exagone, il faudrait qu’on se mesure à une DH de France. Déjà quand on rencontre une CFA ça reste très dur à jouer.

A.D: Je ne veux pas enfoncer le clou, mais le charme de la coupe de France, c’est que sur un match, un petit club peut battre un très grand ; par rapport à la qualité de jeu qu’on a vu contre Avranches (équipe repliée avec un attaquant, et aucune intention de jeu véritable), est-ce que tu as tenté toi aussi de tout jouer sur un « contre » ?

L.S: Effectivement, ce n’est pas qu’on renonce, sur un match tout est possible, mais sur 44 matches disputés il n’y a que 2 équipes qui ont réussi à passer ce tour. Nous on a voulu jouer notre carte, on a mis un dispositif en place ;
on s’est dit qu’on n’aurait pas pu avoir la maitrise du ballon, faire vraiment notre jeu, donc on s’est un peu replacé plus bas que d’habitude et on a essayé de contrer.

Mais, mon équipe est jeune, donc ce sont des joueurs d’avenir, des joueurs qui dans quelques années seront plus capables de passer ce tour là. Je prends le cas du CSM, quand ils ont passé ce tour, ils avaient quand même des joueurs d’expérience. Nous sommes l’une des équipes les plus jeunes du championnat (21 ans de moyenne d’âge).
On pense que c’est possible, mais il faut du temps.

A.D: Revenons au championnat de Guadeloupe, sais-tu que sur les 20 derniers championnats de DH, la SS est la seule équipe à avoir remporté 4 titres d’affilés et l’Etoile de Morne-à-l’eau détient le record avec 6 titres. Ce sont deux clubs formateurs, quelle est ta position par rapport à la politique sportive de ton club et la qualité du championnat ?

L.S: Il faut sans hésiter mettre l’accent sur la formation. On a des joueurs talentueux mais il faut plus d’éducateurs consciencieux et aussi des structures adaptées pour permettre à nos jeunes d’évoluer sereinement.

En tous cas je ne pense pas que ce soit la solution de faire un « coup », en faisant venir les meilleurs joueurs et en formant une mini sélection. Cette pratique a ses limites, ça dure 2 ans et après les clubs chutent, on a beaucoup d’exemples.

Mais ça fait partie du foot, on le voit aussi au haut niveau. Ce n’est pas la meilleure solution pour moi.

A.D: Comment vois-tu l’évolution de l’Evolucas, pour les 5 prochaines années ?

L.S: Si l’on garde le même groupe, l’Evolucas devrait continuer son ascension car c’est une équipe jeune et prometteuse avec des joueurs de caractère qui ne demandent qu’à évoluer. Ils nous l’ont d’ailleurs démontré face au CSM, ils ont su réagir malgré de nombreuses critiques.

Ensuite, l’evolucas a pour projet véritablement de former pour avoir une pépinière avec une philosophie de jeu « Evolucas » et ainsi disposer de ses propres éducateurs.

A.D: Est-ce que tu as un modèle de club en Guadeloupe ou en France ?

L.S: Moi j’ai un modèle de fonctionnement, ce serait que dans toutes les catégories.. qu’il y ait un responsable de l’école de foot qui dirige les éducateurs, un éducateur brevet d’Etat pour chaque catégorie, ensuite la préformation avec un responsable.

Plus de réunions pour développer une idée de jeu avec un directeur sportif ou directeur technique qui donnerait l’impulsion et bien entendu il faut que les moyens suivent.

 Si on veut que les jeunes franchissent un cap, il faut qu’ils se confrontent à d’autres équipes. Il faut donc  leur offrir les moyens de voyager, pas forcément en France.  Pourquoi pas en Amérique latine pas très loin de nous, en tous cas pouvoir se confronter à ce qui se fait de bon autre part.

A.D:Penses-tu qu’en Guadeloupe, le diplôme d’éducateur donne accès au plein emploi ?

L.S: Non, n’étant pas encore suffisamment structuré en Guadeloupe, je ne crois pas que le diplôme d’éducateur permettrait à son titulaire d’y vivre pleinement.

A.D: Est-ce que tu serais favorable pour l’évolution du championnat à l’inscription d’une équipe réserve des clubs de DH dans un championnat de niveau inférieur ?

L.S: Je pense que ça serait intéressant ; ce serait l’opportunité pour certains joueurs d’avoir du temps de jeu, c’est pas mal. Mais la difficulté en Guadeloupe est de disposer de suffisamment de terrains.

Si c’est pour faire un championnat sur des terrains de seconde zone, alors que les séniors ont déjà ce problème, ça risque d’être problématique ! Toute la difficulté en fait se trouve à ce niveau là.

 La réflexion que j’ai envie d’amener serait d’essayer de maintenir  le lien social à travers la formation au sein des 4 ou 5 clubs présents dans chaque commune.

A.D: Quel est le budget annuel de l’Evolucas ?

L.S: Le budget se chiffre à environ 50 000.

A.D: Est-ce que tu penses honnêtement, toute proportion gardée, qu’on puisse arriver à un championnat semipro en Guadeloupe ?

L.S: Oui, on peut l’envisager, à condition que les instances,la ligue de football,les clubs avec le soutien des entreprises posent les bases d’une politique à long terme pour un projet ambitieux.

Je pense que pour ce championnat, on ne doit pas rester à l’échelle des Guadeloupéens et Martiniquais, on fait parti de la Caraïbe, il faut trouver une solution de tournoi de fin d’année avec tous les champions de la Caraïbe, ce qui permettrait aux chefs d’entreprises d’investir et de s’intéresser vraiment au football aux antilles.

 Bien sûr il faudrait que les télévisions jouent également le jeu, en apportant leurs savoirs-faire.La Réunion a un statut de semi-pro, il faudrait s’inspirer aussi de ce qu’ils font.

A.D: Au niveau de la qualité de jeu, est-ce que les entraineurs, qui sont directement en cause, ont les diplômes et l’expérience nécessaires ?

L.S: Je pense qu’il y a des éducateurs et des entraineurs de qualité, ils sont formés, donc après le fait d’avoir un diplôme cela ne fait pas tout, il faut faire des recherches personnelles, chacun a son style.

Ensuite il faut voyager, si on a joué que dans des clubs de Guadeloupe et assisté qu’aux matches de DH, la vision reste quand même limitée. C’est aux éducateurs de faire la démarche de partir, de faire connaitre à leurs jeunes autre chose, ça fait partie de leur apprentissage.

 Sinon quand tu as passé tes diplômes ici, les valeurs que tu peux avoir, tes repères c’est toujours le football amateur de Guadeloupe. Donc à un moment donné il faut aller vers le professionnalisme.

A.D: Justement que penses-tu des stades municipaux ?

L.S: Les tribunes et les vestiaires de la plupart des stades ne sont pas aux normes, et pas adaptés aux sportifs. Sur les 8 stades utilisés pour les matches de DH, un seul est bon, c’est celui de Vieux-habitants et ce n’est pas pour rien que la qualité des rencontres est différente et qu’on a des matches agréables et techniques.

A.D: Es-tu favorable aux terrains synthétiques ?

L.S: Oui, je crois qu’il faut privilégier les terrains synthétiques de dernière génération, plutôt que la pelouse pour les stades principaux de Guadeloupe. Il y a trop de rencontres sur le même terrain et pas assez de terrains bien entretenus ; donc pour moi c’est la solution, à condition de vouloir investir.

A.D: Comment tu perçois le football en Martinique ?

L.S: Ils ont de meilleurs terrains, c’est un championnat avec plus de jeunes, parce que leurs jeunes partent moins tôt. En Guadeloupe il y a plus d’opportunités de partir et d’intégrer un centre de formation ; eux leurs jeunes talents restent et intègrent rapidement les équipes séniors.

C’est pour çà que les confrontations de sélections entre jeunes tournent très souvent à l’avantage de la Guadeloupe et inversement pour les séniors.

A.D: Comment as-tu vécu ton départ en centre formation justement ?

L.S: Je suis parti à 14 ans, juste après la Coupe nationale, pour rejoindre le FC Nantes. Après ce n’est pas évident de quitter sa famille, nous avons des habitudes en Guadeloupe, un rapport particulier à la famille et à un moment quand c’est dur on en a besoin ; on a besoin de ce confort là.

A.D: Si demain ton fils ou ta fille te disait qu’il ou elle veut devenir sportif professionnel(le) ?

L.S: Je lui dirais pourquoi pas, mais je partirais avec lui et je m’installerais pas loin pour le suivre.

A.D: Pour finir, quel est ton avis sur le Futsal et le Beachsoccer ?

L.S: Je suis pour le futsal, c’est de la technique et beaucoup de mouvement, ça permet de développer le sens tactique et les déplacements. Beaucoup de joueurs pros sont issus du Futsal, pour moi c’est une bonne pratique, complémentaire au football. Le beachsoccer c’est plus de la technique de frappe, ça ressemble moins au foot, c’est plus de l’acrobatie ; je retrouve moins le coté foot.

A.D: Merci Coach bonne saison !

Alvin D.

Commentaires fermés.