Luc SONOR:”Il ne faut pas arriver avec une cuillère en argent”.

Date novembre 27, 2007

sonor176px.jpgAntilles-foot parle des stars du foot antillais, vous fait découvrir les jeunes talents, mais Antilles foot n’oublie pas les glorieux anciens.
C’est pourquoi nous tenons à vous proposer régulièrement des interviews de ces grands joueurs qui ont écrit de belles pages du foot antillais.
Aujourd’hui nous vous proposons une interview de Luc Sonor.
Champion de France, vainqueur de la Coupe de France, finaliste d’une Coupe d’Europe et international A, Luc était aussi intraitable sur la pelouse que chic en dehors.

Antilles foot est allé à sa rencontre. Avec son franc parler et sa gentillesse qui le caractérise, il a accepté de nous recevoir et de se livrer sans détour.

Véritable cauchemar des attaquants de l’époque, Luc Sonor a éffectué l’éssentiel de sa carrière comme stoppeur ou latéral droit entre Metz et Monaco avec notament un titre de Champion de France, une Coupe de France et une finale de Coupe des Coupes avec Monaco, une Coupe de France et un extraordinaire exploit (victoire 4 à 1) contre Barcelone avec Metz ainsi que 9 sélections en équipe de France.
Fidèle à ses principes, cet originaire de Basse-terre en Guadeloupe, n’était pas du genre à fuir ses responsabilités sur un terrain, il répond sans ambage à toutes nos questions
.

Antilles Foot: Bonjour Luc, comment vas tu depuis ton accident ? (ndlr Luc a été victime d’ungrave accident de voiture il y a plusieurs mois alors qu’il allait commenter un match à Troyes)

Luc Sonor: Bien! mis à part mon bras que j’ai encore du mal à plier, aussi je poursuis ma rééducation par des séances de kiné afin de fortifier tout cela.

AF: Peux tu nous dire ce que tu fais depuis que tu as arrêté le football?

LS: Je suis consultant pour CANAL+ et RFO. Je m’occupe aussi au sein de l’INF des anciens internationaux.

AF: En quoi consiste cette tâche?

LS: Le club des anciens internationaux a été créé en 1960 par Just Fontaine pour permettre à nos glorieux anciens en difficultés de se retrouver à travers des manifestations diverses.

AF: On a du mal à mesurer que des anciens internationaux puissent être en difficultés à la fin de leur carrière.

LS: Après la coupe du monde la demande fut croissante, aussi avec l’aide de sponsors tel que Jet tour, Huyndaï et la Fédération qui nous octroie une subvention, nous mettons en place des manifestations, des rencontres afin de récolter des fonds pour leur venir en aide.

Je précise qu’il sagit uniquement des anciens A. J’ai donc un emploi du temps assez chargé.

AF: Cela ne ta pas tenté d’entrainer pour transmettre ton expérience aux jeunes?

J’ai entrainé la CFA de Créteil avec des résultats probants. Après le limogeage de Gernot Rhor, j’ai collaboré avec Laurent Roussey à la tête de l’équipe 1ère pour un bilan mitigé. Par la suite la direction du club, son président de l’époque A.Affelou m’a proposé de diriger l’équipe.

“comment fabriquer des lunettes”

Bien entendu j’ai refusé, ce n’est pas ma philosophie, j’ai des valeurs auxquelles je tiens et l’amitié en fait partie. De plus, on nous imposait des choix de joueurs, cela m’a dégouté. A chacun son métier, je ne me serais jamais permis de lui dire comment fabriquer ses lunettes.
J’ai eu l’opportunité de revenir à St Etienne cette saison, dès lors que Laurent Roussey a été préssenti pour entrainer le club. Sensible à ma fidélité, ma droiture, celui ci m’a proposé de collaborer de nouveau avec lui.

AF: Mais ce ne s’est pas fait…

LS: Non, malheureusement l’équipe dirigeante n’était pas sur la même longueur d’onde puisqu’elle me proposait un contrat d’un an sans aucune garantie, visiblement on voulait me mettre des bâtons dans les roues.
Il y avait la une volonté de plomber dès le départ un projet qui se devait d’être ambitieux. Ceci dit je ne ferme pas la porte si à l’avenir une opportunité se présente.

AF: Tu as pu voir évoluer le foot, quel est ton regard sur cette évolution ?

LS: Un peu triste par rapport à tout ce qui se passe et qui se dit, les critiques injustifiées par rapport à canal et ses 600 millions d’euros… Je n’ose imaginer le spectacle sans ce soutien. Le temps est venu de se remettre en question.

AF: Que faut il faire?

LS: Le mal est profond, c’est un véritable phénomène de société, le public en France est exigeant et versatile. J’ai eu la chance d’assister pas mal de rencontres à l’étranger et de discuter avec nos expatriés.

“tirer la sonnette d’alarme”

C’est vraiment autre chose, l’ambiance les sublime, les gens viennent aux stades pour les soutenir, les encourager afin qu’ils donnent le meilleur d’eux même. Ici, ils ont l’impression que l’on guette leur moindre défaillance, et à la première erreur ils se font siffler.
Après on s’étonne qu’ils partent à l’étranger.Il faut tirer la sonnette d’alarme, se pencher la dessus, cela m’inquiète. Le sport se meurt, les sociètés hésitent à investir et en ont marre d’un manque de résultats.

AF: Est ce irréversible?

LS: Aujourd’hui je pense que seul l’Olympique lyonnais est en mesure de nous ramener vers le haut. Je trouve d’ailleurs regrétable que son président Jean-michel Aulas ne soit pas soutenu malgré tout l’argent et l’énergie qu’il y met.

AF: Gardes tu des liens priviliégiés avec l’AS Monaco?

sonor_monaco.jpgLS: Il me reste quelques amis dans le secteur adminisratif, sinon c’est spécial ici. Le club est jalousé, il n’y a pas de public mais il y a une obligation de résultats.

“après la douche c’est tchao !”

A mon époque c’était la solidarité, l’esprit de famille avec à la tête du club un grand bonhomme en la personne d’Arsene Wenger. Les résultats parlent d’eux même. Aujourd’hui il y à trop de nationalité différente, beaucoup de sud américains.
Il n’y a pas de conivence, pas de vestiaire puisqu’ils ne se comprennent pas. Après la douche, c’est tchao ! Comment voulez vous que les résultats suivent. La vie de groupe est super important, de mon temps on arrivait de bonne heure pour prendre le café ensemble et ce pendant 10 ans.

AF: Quels conseils tu pourrais donner à des jeunes antillais qui veulent devenir footballeur pro?

LS: Il ne faut pas arriver avec une cuillère en argent! Tu as des surdoués comme Benzema ou Ben Arfa, et même avec leur talent ils doivent continuer à bosser.

“Il faut apprendre à souffrir avant d’offrir”

Lorsque j’ai débuté, c’était très dur pour moi. Issu d’une famille de 10 enfants, j’ai quitté les miens à l’âge de 12 ans pour vivre ma passion. Un véritable drame le moment où mon père, connaissant ma décision, devait le dire à ma mère.
Je quitte mon île pour la neige, le froid, le dur apprentissage de mon métier avec pour seul plaisir, le moment ou l’on joue avec le ballon. Il faut apprendre à souffrir avant d’offrir.

AF: Est ce que tu suis les championnats domiens.

LS: Biensûr! le mois dernier j’ai passé huit jours au pays, j’en ai profité pour assiter à deux rencontres, à Morne à l’eau j’ai pu voir évolué le fils de Jocelyn Angloma chez les moins de quinze ans. Puis en coupe la rencontre entre le Racing (mon favori) contre Equinoxe.

AF: Il y a t’il un club que tu apprécies particulièrement ?

Mon club de coeur c’est la Gauloise, ou évoluait mon frère Philippe au poste de latéral ou en stoppeur. Je continue de penser qu’il est passé à côté d’une grande carrière tant il avait de la classe.

“mon frère Philippe avait plus de talent”

Titulaire indiscutable en sélection où il évoluait aux côtés des R.Salnot (actuel sélectionneur de l’équipe de Guadeloupe dont l’épopée à la Gold cup n’a échappé à personne), Guy Pélriton,Lin ou Gérard Pinson ( parti à Beauvais et St Etienne), il a aussi évolué au Stade Français en deuxième division.
Lors d’une rencontre amicale entre le FC Sochaux et la sélection de Guadeloupe, il fut remarqué par l’entourage du club doubiste. Par la suite les émisssaires du club sont venus le chercher mais il a refusé, préférant continuer ses études d’architecture. C’est lui qui aurait du être à ma place car il avait nettement plus de talent .

AF: Luc un grand merci pour ta disponibilité, ta sincérité et de nous faire profiter de ton expérience.

LS: De rien, c’est un réel plaisir.

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La fiche de Luc Sonor:

  • Né le: 15/09/1962 à Basse-Terre ( Guadeloupe )
  • Poste : Défenseur
  • Clubs: Sedan(1975-1979), FC Metz (1979-1986), AS Monaco (1986-1995), Ayr United (1995-1996), SR Colmar (1999-2000)
  • Palmarès: Vainqueur de la coupe de France(1984) avec le FC Metz
  • Champion de France(1988) avec l’AS Monaco
  • Vainqueur de la Coupe de France (1991) avec l’AS Monaco
  • Finaliste de la Coupe des coupes (1992) avec l’AS Monaco
  • Sélections équipes de France: 9
  • 1ère sélection le 14/10/1987 France-Norvége (1-1)
  • 9ème sélection le 29/04/1989 France-Yougoslavie (0-0)

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